l'Argent

C’est vrai, je vis du triathlon. Mais je ne pense pas à ma valeur marchande. Ma motivation première, voire unique, est le sport. Et ma passion pour le tri. Parfois, on me demande si je n’aurais pas préféré être footballeur ou tennisman. Soyons honnête, on ne refuse pas une augmentation de plusieurs zéro en fin de chiffre, mais le prix du bonheur que j’éprouve en « vivant ma vie » vaut bien plus pour moi que ces sommes à rallonge. Enfin, il faut savoir tout de même, qu’en ce qui concerne mon avenir, j’ai fait en sorte d’avoir une sécurité d’emploi grâce certain sponsors, études, diplôme, et connaissance. Donc si aujourd’hui je ne manque de rien, c’est bien le principale. Le triathlon offre un juste milieu entre le professionnalisme et le sport. Contrairement aux sports très médiatisés, où circule un maximum d’euros ou de dollars, il n’a pas ce côté marketing de businessman et de requin, ou autres problèmes de dopage, et de critique du publique en cas d’échec. La pression du résultat ne vient pas des sommes en jeu.
Si certains sportifs sont de véritables hommes d’affaires, je ne les envie pas. Parfois je fais aussi la promotion de notre sport, en tentant de le « vendre » à sa juste valeur, mais c’est surtout en termes de reconnaissance et d’information.
Je suis conscient que c’est plus facile de parler ainsi, pour quelques triathlètes français que pour d’autres de niveau à peine inférieur. Mes sources de revenus sont multiples. C’est le club de Sartrouville et la Sncf qui m’aident le plus. Le reste vient de mes partenaires qui font de gros efforts, et cela ne date pas des Jeux d’Athènes. Dès mon titre mondial chez les juniors en 2000, des marques ont eu envie de me faire confiance, et de miser sur moi. La plupart de mes sponsors me sont fidèles depuis cette époque, tentant chaque année de m’aider un peu plus.
Après les Jeux, j’avoue qu’il y a eu une certaine folie. Un engouement général de tout ce qui se rapporte au tri. Au début, je me suis dit : enfin le triathlon est reconnu comme il se doit! Mais il y eu trop peu de concrétisation au final. Cela m’a rapidement pesé, et épuisé surtout. J’ai alors carrément envisagé d’avoir un agent, mais j’ai vite abandonné l’idée. Dans mes rapports avec les sponsors, j’aime être en contact direct avec les gens, leur parler de leurs produits, de la vie. Ce n’est pas qu’une question de chiffres. Bien au contraire. Je connais les responsables des marques avec qui je travaille depuis longtemps, je les rencontre souvent. Ce contact me paraît primordial. Si j’avais eu un agent, cela aurait cassé ce rapport.
C’est vrai que depuis les Jeux, certaines marques investissent même financièrement sur moi. Je n’ai pas l’impression de voler ce qu’on me donne, ni de faire de jaloux. Ceux qui me connaissent savent ce que j’endure à l’entraînement, dans ma préparation. J’estime mériter ce que j’ai. Être sportif de haut niveau signifie d’énormes sacrifices.
Je pense que l’équilibre ultime est de gagner financièrement ce que l’on mérite, et de ne pas avoir besoin de plus. C’est mon cas, je pense. Mais ne croyez pas que je roule sur l’or. J’arrive à en vivre, mais je n’assure pas vraiment mon avenir. De toute façon, je n’ai pas envie de glander après ma carrière à vivre de mes rentes. Le peu que je mets de côté me convient. C’est même une motivation de me dire que je vais devoir travailler après le triathlon. Cela va me pousser. J’aurais des objectifs différents, des nouveaux défis à relever. Je dirais même qu’avec tous ces projets professionnels, je n’aurais de toute façon jamais trouvé le temps de profiter des quelconques fonds de footballeur mis de côté… ;-)
Donc, vraiment, je ne cours pas pour l’argent. L’an prochain aux Etats-Unis, il y aura une Coupe du Monde de folie avec 700 000 $ de dotation, dont 200 000 $ pour le vainqueur. Bien sûr, je vais tenter de la disputer dans les meilleures conditions. Il faudrait être « stupide » pour passer à côté, ne serait-ce que pour l’aspect mythique de l’évenement. Mais je ne vais pas me préparer spécifiquement pour cette épreuve. Les primes ne me font pas aller à l’entraînement. Si une course me motive tel que les championnats du monde ou les Jeux Olympiques, j’y vais même s’il y a zéro euro à la gagne.